Moonsorrow – Verisakket (2005)
Publié par marneusthegreat le juin 12, 2009
« Ce qui n‘est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins. »
Lavelle, dans son Traité des valeurs déclarait ceci à propos de l’art : « Le propre de l’art c’est de donner une forme à ce monde de possibilités que nous portons au fond de notre conscience ». Car c’est bien la capacité unique de l’homme que de trouver au fond de lui l’inspiration mystique qui donne naissance aux œuvres. A la question de l’art, se greffe de manière intuitive celle du beau : s’initier à la beauté des choses c’est toucher au divin. La purification, l’ascension et la contemplation sont, pour Platon, les trois étapes de cette initiation vers le beau. La création musicale, comme toute création issue de l’esprit de l’homme est sujette à ces problématiques et il serait incompréhensible de considérer l’art comme l’apanage de la seule musique savante. Verisakeet en est d’ailleurs le contre exemple parfait : A la fois force et douceur, l’épopée auditive à travers les contrées nordiques du groupe finlandais Moonsorrow tient plus de la beauté que de la perfection esthétique. Verisakeet est une œuvre dense, issue de l’esprit de cinq hommes que sont Mitja Harvilahti à la guitare, Marko Tarvonen au fûts, Markus Eurén au clavier, Ville Sorvali à la basse et Henri Sorvali à la seconde guitare. Ces « vers de sang » constituent la quatrième offrande du groupe, une pièce magistrale que seule les trois étapes didactiques de Platon peuvent éclairer.
Purification. Moonsorrow pratique un black metal folklorique ; autrefois virevoltantes et dansantes, les mélodies rupestres se sont désormais faites mélancolie. La nature est le cœur de la musique, bercée au son d’évocations d’une époque lointaine où le paganisme régnait sur les terres du nord. Une époque où l’homme seul devait affronter un environnement hostile, où la valeur d’un individu se mesurait plus à sa bravoure qu’à la cylindrée de sa voiture. Ainsi cette omniprésence de la nature se révèle-t-elle purificatrice, un retour vers les origines véritables, une anabase spirituelle. Dans cette optique, l’un des aspects importants du disque est la multiplicité des passages atmosphériques où le groupe dresse des tableaux de vastes territoires de forêts et de plaines enneigées. Que ce soit le bruit lointain d’un Plongeon Arctique sur l’ouverture de Jotunheim où les bruitages forestiers au début de la lecture du disque avec Karhunkynsi, tout est fait pour établir l’auditeur dans un univers rupestre. Ainsi, presque la totalité des cinq pièces constituant Verisakeet sont introduites par les cris perçant d’oiseau que les rafales de vents froids rabattent vers le spectateur silencieux ; au milieu des crissements d’arbres vieillis de forêts millénaires et des combats de Haaska , l’ambiance est posée.
Ascension. Si Verisakeet s’inscrit dans une esthétique païenne et environnementale, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un groupe dont la mue se termine par un durcissement de la musique. En effet, là où les mélodies d’un Suden Uni semblaient faire la jonction avec Finntroll, celles de Verisakeet affichent clairement leur appartenance à un black metal aux relents épiques et heavy. Ce retour vers des guitares plus incisives, en donnant un aspect plus sombre aux compositions, permet à Moonsorrow de perdre le statut de « groupe dansant » ; de la même manière, Finntroll le fit quelques années plus tard sur Ur Jordens Djup. Moonsorrow sort grandit de cette mutation, même si celui-ci s’aventure sur des terres plus sombres encore avec le disque suivant. Moonsorrow est grand, les compositions à l’élaboration complexe ( trois des cinq chansons durent plus de 14 minutes) sont portées par un chant déchirant, parfois dérangeant et désespéré comme sur Pimeä, qui se mêle à des chœurs vikings profonds. Le clavier qui se fait désormais plus discret, mais tout aussi crucial, cède la place aux instruments traditionnels qui assurent au groupe de conserver son âme folklorique. Ainsi retrouve-t-on de l’accordéon et de la guimbarde, mais également de la flûte, du violon, du kantele et du nyckelharpa.
Contemplation. « L’art vise à imprimer en nous des sentiments plus qu’à les exprimer », ainsi Bergson parlait-il de l’art dans son Essai sur les données immédiates de la conscience. Cela Moonsorrow l’a bien compris, et c’est une œuvre dont la densité n’a d’égale que la richesse que le groupe finlandais sorti en 2005. A l’image d’un Summoning, le pouvoir évocateur de la musique impressionne autant qu’il subjugue. Que ce soit les bruissements éloignés d’une nature sauvage, les cris empreints de haine et de nostalgie, les mélodies douces ou les mélopées de chœurs vikings, tout dans cet album se mélange dans un balai épique qui souffle au loin la vie moderne. Moonsorrow emporte l’auditeur avec lui dans son univers peuplé de guerriers fiers et valeureux, un univers où l’auditeur ne peut s’empêcher de contempler la beauté véritable de cette œuvre magistrale. Pimeä, apogée de Verisakeet, est le parfait exemple de la réussite que constitue l’album : un mariage harmonieux entre la violence et le désespoir du black metal et l’épique du metal folklorique.
Avec Versiakeet, Moonsorrow se rapproche d’un metal folklorique comme Ulver le pratiquait sur Bergtatt. Il s’agit d’un disque charnière dans la carrière du groupe ; parfois dangereux, le groupe a su évoluer avec brio vers un metal qui le porte parmi les très grands de la scène pagan. Moonsorrow dresse des tableaux majestueux de vastes territoires inexplorés, en cela, l’auditeur ne peut que s’incliner.
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Cet article a été publié le juin 12, 2009 à 1:33 et est classé dans Moonsorrow. Tagué: Black Metal, white metal. Suivez toutes les réponses à cet article via RSS 2.0 flux. Vous pouvez laisser une réponse, ou rétrolien à partir de votre site.
